
Depuis près d’une décennie, une partie du diocèse de Maroua-Mokolo subit les attaques violente et sanglante de la secte nébuleuse Boko haram venue du Nord du Nigéria. Cette violence qui, initialement, était perçue comme une « guerre sacrée » (une guerre organisée au nom d’un certain dieu) a acquis une proportion importante et inquiétante. Aujourd’hui, elle a impacté négativement toutes les sphères de la vie sociale dans certaines parties de la région de l’Extrême-Nord. On peut, sans coup férir, observer une certaine destruction du tissu économique qui accentue davantage le chômage endémique des jeunes, l’exode massif vers les centres urbains, la montée de la criminalité et le développement de la promiscuité. Dans ce contexte marqué par la déstructuration ou la dégradation généralisée du lien social, l’Eglise ne peut être à l’abri. Comme toutes les autres structures et organisations, elle encaisse les coups et paie le lourd tribut de cette spirale de terreur qui n’a pas encore dit son dernier mot et qui continue à produire des vagues scabreuses à plusieurs niveaux.
Ce qu’il faut relever, c’est que les attaques de boko haram sont dirigés vers des villages ou des localités ciblées. Ces opérations qui se déroulent quasi exclusivement la nuit ont, non seulement pour but le pillage mais aussi des tueries dont les mobiles sont totalement incompréhensibles. Cette situation macabre et imprévisible pousse les populations à un exode forcé vers les zones où il y a un peu de sécurité. Aujourd’hui, plusieurs villages qui constituaient jadis le territoire de certaines paroisses, n’existent que de nom. Ce qui entraîne de lourdes conséquences sur le fonctionnement de ces paroisses au plan pastoral : impossibilité d’avoir accès et de célébrer les sacrements dans certaines localités, la disparition des communautés chrétiennes, le manque de ressources humaines et matérielles, etc.
D’ailleurs, même les structures de la paroisse sont aussi visées par les attaques de boko haram comme on l’a enregistré dans certains milieux tels que Mutskar et Zhelevet. Si, aujourd’hui, aucune paroisse ou district paroissial n’est fermée de façon officielle, il faut tout de même remarquer qu’il y en a qui n’existe plus géographiquement parlant. C’est le cas du District paroissial de Zhelevet, totalement englouti dans cet océan d’insécurité. Pour certaines paroisses, plusieurs secteurs et communautés n’existent plus. Et pour ceux qui existent, les activités pastorales sont réduites au stricte minimum et ne se font que dans la matinée à cause de l’instabilité du reste des chrétiens qui doivent parcourir parfois des dizaines de kilomètres pour se cacher avant le crépuscule.
Sur le plan matériel les paroisses atteintes par la crise sécuritaire ne parviennent plus à assumer leur charge ordinaire. Nous savons que la première et la principale source de revenus d’une paroisse sont ses chrétiens. L’importance de cette ressource est conséquente du niveau d’épanouissement économique de ces derniers. Mais lorsqu’ils sont menacés par l’insécurité et ne parviennent pas, non seulement à produire mais aussi et surtout se font dépouiller du peu qu’ils possèdent, la paroisse elle aussi se voit asséchée au niveau des moyens devant lui permettre d’assurer sa fonction sacrée. Elle ne peut plus supporter ses charges ordinaires. Face à toutes ces situations paralysantes qui portent un coup ravageur à la pastorale, il faut bien développer d’autres stratégies et moyens pour maintenir la flamme de l’évangile dans le cœur des chrétiens.
Abbé Bienvenu Déli Karaga