Introduction
Mayo-sava est le nom actuel du département qui a pour chef-lieu Mora. Sava est le Mayo qui sort des monts Mandara (la chaine des montagnes qui surplombent la ville de Mora) et qui traverse la plaine des villages entre Mora et Mémé. Sava, en Mada, Ksa’va veut dire le village à l’extérieur désigne simplement la plaine, ici par rapport aux chaines de montagnes. C’est un ensemble composé des monts Mondara et de la plaine. Nous avons les montagnes de Géria, Kolofata, Kerawa, Matal, Podoko, Ouldémé, Mada, Mouyang, avec les Moloko, les Gemjek, qui représentent pour la plus part les désignations des grands groupements de la population. C’est au 19ème siècle que cette partie de la population connait un mouvement migratoire de la population. C’est avec la présence des Mora autour des montagnes Mandara qu’il va avoir un contact avec les Wandala descendant des bornuais déjà islamisés. Les Wandala faisant la ceinture de montagne de Mora vont construire une agglomération qui deviendra la ville de Mora actuelle, bien avant, une ville précoloniale. Les autres populations vont descendre des montagnes vers les terres cultivables. Le contact en général des Mandara (Kirdi), païen et les Wandala islamisé seront difficiles, voire conflictuel parce que le Wandala va imposer son hégémonie en voulant islamiser les autres par forces. Ce qui ne sera pas bien accueilli de la part de ses voisins.
Par contre, le Mondara Kirdi va accepter progressivement à devenir chrétien. Devenir chrétien était alors un fait d’émancipation, de libération et de la protection de la tutelle musulman : c’est pourquoi :
« le conflit qui opposa le chef Mada Kavaye à la mission catholique de Mayo-Ouldémé s’explique par la volonté des ressortissants du massif Tazan qui voulaient s’émanciper de sa tutelle et recherchaient l’appui des missionnaires »[i] et baba Simon de dire : « nous autres chrétiens, en leur donnant notre christianisme avec nos idées de liberté, d’égalité, de fraternité universelle, nous gonflons le ballon. Nous ne savons pas qu’il faut s’arrêter de gonfler ou continuer à gonfler, mais nous savons qu’à force de gonfler, le ballon va éclater. Si le christianisme continue à agir sur le nord-Cameroun, il y aura une solution, c’est-à-dire il y aura une vie sociale normale où tout le monde, musulman, chrétiens, païens, vivra comme des frères, la main dans la main »[ii]. Voilà une parole prophétique qui se réalise et qui fait son bon homme de chemin de nos jours.
Malgré les séries des croisades organisées par les musulmans, les kirdis sont restés fidèles à leur religion. L’implantation des missions chrétiennes dans le nord-Cameroun fut récente à partir de 1920. Seulement, l’Evangélisation des masses a pris à partir des années 1950. Comme partout dans le Nord-Cameroun, ce sont les missionnaires protestants et adventistes qui furent les premiers à s’installer. Dans le Mayo-Sava, les adventistes présents aux environs des villages de Dogba à la sortie Nord-Est de Maroua vont progressivement évangéliser les Mokuo et les Moloko des villages à l’entrée de Tokombéré. Tandis que les protestants commencent par les montagnes Podokwo., ceci autour des années 1930 les catholiques plus tard vers 1950.[iii]
La zone Mayo-Sava dans le diocèse de Maroua-Mokolo a été érigé en 1973 avec la création du diocèse. Elle regroupe actuellement par ordre de création les paroisses de Mayo-Ouldémé en 1951, Tokombéré en 1960, Kourgui en 1966, Gudjimdélé en 1969, Mayo-Plata en 1973, Mora en 1977, Makulahé en 1982, Mémé en 1988, et plus tard les districts paroissiaux Amtchidé, Kolofata, Aïssa-Hardé
En parlant de la présentation de la mission dans la zone pastorale de Mayo-Sava, nous voudrions faire ressortir les stratégies que les premiers missionnaires avaient adoptées pour favoriser les contacts avec les populations dites païennes surtout dans ou autour des massifs. Autrement dit, l’Eglise du Christ dans le Mayo-sava, comment a- t-elle commencé, comment a-t-elle pris racines et s’est développée ? Il ne s’agit pas ici de montrer que tel ou tel missionnaire a été le meilleur, ni faire un certain procès du passé pour une tabula rasa de certaines bases qui ont été posées et qui aujourd’hui sont un appui pour la continuation de la mission. Il ne s’agit pas non plus de cultiver une forme de nostalgie du passé qui remettrai en cause des pratiques pastorales avec ses nouveautés. Il est question comme le dit le pape François de regarder le passé avec reconnaissance et parcourir les chemins des générations passées. Ainsi, à partir des diaires, de l’histoire du Cameroun, des témoignages des disciples des premiers missionnaires, des œuvres de la mission, nous voudrions faire ressortir les points suivants de manières non exhaustive : l’implantation de la mission dans le Nord-Cameroun en faisant allusion aux Frères des Ecoles Chrétiennes autour de Lara et la mission des Oblats de Marie immaculée installés à Mokolo et à Maroua dès 1946. Signalons la première présence missionnaire adventistes dans la plaine éloignée de Tokombéré et des protestants dans les massifs Podokwo qui n’a pas réussi avec l’évangélisation de la masse. En second lieu, l’implantation de la mission catholique dans le Mayo-Sava avec ses premiers contacts autour de Mayo-Ouldémé et Tokombéré et l’ouverture d’un deuxième pôle d’évangélisation dans le Mayo-sava dont Kourgui était le centre grâce à la liaison des Abbés Simon Mpeke et Georges Truchot ; nous poursuivrons avec l’histoire de chaque paroisse de ses débuts à nos jours en parlant des premiers missionnaires, les premiers baptisés et les hommes de main des ces missionnaires. Pour finir, nous ferons allusion aux conséquences de la mission du christ sur l’évolution sociale des populations comme activité libératrice de tout l’homme. La conclusion sera vue comme une sorte d’action de grâce à Dieu pour lui demander la force de continuer. En tout, il s’agira de nous poser ces deux questions : qui sommes- nous et où allons-nous avec Jésus-Christ ?
- Implantation de la mission du Christ dans le Mayo-Sava
Les petits Frères et Petites Sœurs de Charles de Foucault
Dans cette partie, nous allons découvrir qu’il y une préparation lointaine par l’Esprit saint des cœurs des protagonistes, les premiers missionnaires qui allaient venir occuper Mayo- Ouldémé et Oudjila. Nous avons deux pôles d’évangélisation dans ses débuts Mayo-Oulémé et kourgui avec les Petites Sœurs de la Fraternités Charles de Foucauld les Petits Frères, les Oblats et les prêtres Fidei donum. Tout commence par la visite de monseigneur Yves Plumey au noviciat des Fraternités de Charles de Foucault au Tube en France. Il était alors chargé du Vicariat apostolique du Nord-Cameroun en septembre 1949. Il fut accueilli par Petite sœur Magdeleine, supérieure de la Fraternité. L’intention de monseigneur Plumey était de lancer un appel à la fraternité. Selon la lettre de petite Sœur Magdeleine à Xavier (supérieur des Petits frères de l’évangile en 2006). Il avait clairement exprimé sa demande :
« Sûrement, avec l’intention de lancer un appel à la Fraternité, il nous a longuement parlé de la situation et de la vie rude de cette nombreuse population kirdi, (disséminée en nombreuses tribus dans les montagnes arides du Nord-Cameroun, où la bonne Nouvelle de Jésus commençait à peine à être annoncée dans deux ou trois tribus), de tout un peuple d’agriculteurs (vivant encore très primitivement, coupé du reste du monde, ayant quitté la belle plaine de l’Adamaoua à l’arrivée envahissante des Foulbés, pour se réfugier dans les montagnes escarpées, en vue de sauvegarder leur identité culturelle, leurs coutumes, leur liberté et leurs croyances). La connaissance que Mgr Plumey nous donnait de ce peuple me saisit le cœur ! C’était au milieu d’un tel peuple en Afrique que je désirais vivre à la suite du Père de Foucauld : vivre l’amour de Dieu au milieu d’eux, le aimer de l’amour de Jésus et leur porter cette joie de se savoir aimé de Dieu, et cela à travers une vie simple, partagée avec eux… Et voici que Mgr Plumey, sentant sûrement combien nous buvions ses mots, lance son appel : Qui d’entre vous aimerait venir vivre parmi eux et leur faire connaître Jésus, les aider ? » Mon réflexe, ainsi que celui de Petite sœur Marcelle Marie a été spontané, incontrôlable ; ma main s’est dressée d’un jet ! au-delà de ma timidité à cette période. C’est le cœur qui a parlé »[iv].
Ainsi en accord avec le Père René Vaillaume fut envisagée la fondation des premières Fraternités en Afrique noire après leur installation au Proche-Orient. Leur souhait était de travailler dans de Sud Cameroun dans une léproserie à Kribi. Le Père Grégoire Cador écrira :
« En février 1951, Sœur Magdeleine, fondatrice des Petites Sœurs de Jésus, vient à Douala, et à l’invitation de monseigneur Bonneau, elle se rend à New-Bell ou elle est impressionnée par la ferveur qui y règne. « quelle joie si nous pouvions un jour y avoir une fraternité ouvrière »[v] mais l’insistance de Monseigneur Plumey sur le nord-Cameroun a changé la donne : « Je me souviens que Pte Sr Magdeleine lui a précisé devant nous que son premier grand projet de fondation en Afrique était une fraternité dans un village de lépreux au Sud-Cameroun, car nos frères lépreux étaient les plus méprisés, abandonnés et exclus de la population; deux petites sœurs d’ailleurs s’y préparaient déjà : Anne-Marie et Marguerite Thérèse (enterrée au cimetière de Bonnefamille) en faisant un stage d’aide-soignante dans une léproserie en France, tenue par une communauté protestante (il me semble en Ardèche, le nom m’échappe). Mais Mgr Plumey a insisté en lui confirmant que parmi la population kirdi du Nord-Cameroun, ils vivaient au milieu d’elle, mais encore plus délaissés, sans soins médicaux et dans la misère. Il y aurait une grande aide médicale à leur porter en les découvrant chacun. Le passage de Mgr Plumey n’a pas été vain ».[vi]
C’est ainsi que la congrégation prépare un plan de découverte du nord-Cameroun en envoyant le Frère Roger Mortier. Un groupe des Petites Sœurs et des Petits Frères de la Fraternité de Charles de Foucault arrivent à Mayo-Ouldémé venant d’Algerie (Béni Abbès, Tamanaraset, Agadès) le 8 janvier 1951. Ils furent accueillis à Mayo-Ouldémé à leur descente de Jippe par Metche, Kandaya, la mère de Georges Mechehe, la mère de Wawa. Selon Georges Truchot qui allait les rejoindre trois années plus tard, ils ont choisi ce secteur parce qu’il semblait être le moins ouvert et le plus abandonné. Il y avait toute évolution à préparer lors des premiers contacts au point de vue de l’évangélisation. On peut appeler cela la pré-évangélisation ; mais aussi au point de vue de développement qui une ouverture à un monde meilleur. C’est tout un travail de longue haleine à entreprendre. Le premier travail de contact fut l’apprentissage de la langue. Ce fut un labeur de mise à en confiance de la population hostile à toute pénétration étrangère. Le partage de la vie pour toucher en profondeur les mentalités et sentir les appels d’une autre culture en découvrir les richesses et les valeurs. Les stratégies et les contacts selon le charisme propre des Petits Frères pour attirer les gens à eux se résument concrètement en quatre points :
- Visiter les gens et lier d’amitié avec eux (sortir et aller simplement causer avec eux surtout en soirée)
- Vivre et travailler autant que possible comme eux et avec eux (les travaux des champs, le jardin, creuser les puits, faire du bricolage : les nattes, la vannerie
- Répondre aux besoins les plus urgents (soins des malades, la conciliation entre famille, l’aide en période de famine.
Nous avons le témoignage de Georges Truchot sur le centre de santé de Mayo-Ouldémé :
« dès le début, la rencontre avec les malades appelait la prise en charge de problèmes des santés : un dispensaire fut d’abord ouvert dans des simples cases rudimentaires, puis à partir de 1954 dans un bâtiment en dur plus adapté. Les Frères et les Sœurs soignaient plus de2 à 300 malades par jours »
- Vie et témoignage de prières : les offices divins, la messe, l’adoration au saint sacrement entre eux
Conjointement au travail de la promotion humaine, va naitre au contact des Frères et des Sœurs toute une ouverture religieuse (votre Jésus qui vous envoyé, c’est qui ?). les gens voulaient connaitre ce qui les motivait à venir vivre parmi eux et à partager leur vie en 1957. Même les massifs s’éveillaient peu à peu.
L’abbé Simon Mpeke dit Baba Simon
En janvier 1956, l’abbé Simon Mpeke, prononce ses vœux temporaires selon la formule des statuts de l’union des frères de Jésus après une retraite prêché par le père Vaillaume. En cette même année le 1er décembre, en l’anniversaire du père Charles de Foucault, nous renseigne le père Grégoire CADOR, Monseigneur Bonneau (évêque de Douala) se rend à Mayo-Ouldémé avec monseigneur Yves Plumey. En ce temps-là, les Petits Frères de Jésus se posaient la question d’une annonce de l’Evangile plus explicite que celle du plus simple témoignage de vie :
« Ils nous savent donnés complètement à Dieu, mais rien de vraiment positif n’a été fait pour leur christianisation. Maintenant, la confiance est établie, ils sont prêts, absolument tous prêts à recevoir l’évangile. Il est urgent de faire quelque chose pour eux ; il faudrait des prêtres du ministère pour les évangéliser, le terrain est tout prêt »[vii] un jour, monseigneur Bonneau disait au Frère Jacques le Grand : « vous n’êtes pas missionnaire au sens strict du mot. Vous allez mettre les gens en confiance, et puis après lorsque vous connaitrez la langue, que vous aurez un peu déchiffré la langue, les gens aurons confiance ; à ce moment-là, je serai heureux de vous envoyer un prêtre africain comme l’Abbé simon Mpeke. Au fond, il rêve un peu à ca, et il vous connait bien »[viii]
L’abbé Simon Mpeke arrive à Mayo-Ouldémé le 3 février 1959 avec pour compagnons, un frère de la congrégation de saint Joseph et son cousin Pascal Bikokota. Tout de suite, le Père Jacques le Grand donna le nom Baba à Simon Mpeke. Les charges pastorales confiée à l’abbé Simon sont : l’évangélisation des mada et le soin de la petite communauté de Mora constituée des européens et des fonctionnaires camerounais du Sud, le catéchisme à l’école officielle de Mada. Baba Simon avait un compagnon fidèle et son traducteur, Amadou, un jeune Guiziga. Les marchés étaient pour Baba Simon un moyen d’entrer en contact avec les gens. Baba Simon commence par créer l’école sous l’arbre avec 18 élèves à Mayo-Oldémé.
Au mois de mai 1959 arrivent les sœurs de la Congrégation des Sœurs Servantes de Douala, elles travaillent avec Baba Simon et au dispensaire avec le docteur Maggi en attendant pour lui, ouvrir son hôpital
Il s’avère très vite difficile à Simon de rester à Mayo Oulémé pour les raisons suivantes :
- Géographiquement, il est excentré par rapport aux mada qu’il doit évangéliser
- L’approche pastorale qu’il met en place n’est pas la même que celle des Petits Frères
- Il est pressé de faire les baptêmes et de célébrer les sacrements par rapport aux Petits Frères qui sont lents dans leur démarche.
Baba Simon allait partout où il y avait les Mada. Il passait la nuit et le lendemain disait la messe. Il allait de Mayo- Ouldémé jusqu’à Doulo puis revenait pour continuer par Mora. Baba Simon après la découverte de Tala-Laki où il ouvrit une école sous le hangar et s’intéressait aussi à la petite communauté qu’il avait fondé à Serawa vite viendra épouser l’idée de docteur Maggi de venir s’installer à Tokombéré avec les Sœurs servantes de Marie de Douala. Baba Simon va demander à l’administration, l’ouverture d’un lieu de culte à Mora, elle fut donnée le 3 juin 1959. Ainsi des Petits Frères de l’Evangile à Mayo-Ouldémé, et de la présence de Baba Simon à Tokombéré l’évangélisation jusqu’en 1960 va s’étendre dans tous les massifs Ouldémé et mada, la grande plaine de Tokombéré, et la plaine de Sava juqu’à mémé, Yalyalta, Kossa, Doulo et Mora. L’évangélisation a été favorisée par les œuvres de la promotion humaine. Baba Simon de son côté créait des écoles et formait des moniteurs d’alphabétisation, des traducteurs, des maitres des écoles. Les Petits Frères quant à eux ont fait appel à un organisme (Centre International de Développement Rural), le CIDR pour développer le monde rural. Des jeunes un peu plus ouverts ont accepté descendre en plaine. Le CIDR forma parmi ces jeunes les premiers moniteurs agricoles capables de prendre en charge le développement de ces terres en expansion : Aissa-hardé, Blablim. La première coopérative vit le jour à Mayo-Ouldémé et permis aux paysans d’être les gérants de leurs cultures et d’en vendre eux-mêmes leurs produits.
Le Père Sylvestre et la communauté d’Oudjila
Entretemps, les Oblats de Marie Immaculée venant de Mokolo par le massif s’installe à Oudjila et s’intéressent à Mora et Kourgui dont les premiers chrétiens sont les fonctionnaires de l’administration et ceux de la sodecoton. Le Père Sylvestre, OMI, va demander au ministre Lamine Mey d’avoir un lieu de culte à Mora. Dans sa lettre, il va clairement exposer sa raison d’être là, et les différents projets missionnaires qu’il entend mener :
- L’étude de la langue
- Les contacts humains avec les populations
- Elever le niveau humain des populations en créant des œuvres sociales dont le plus urgent était la scolarisation avec la demande d’ouverture de deux écoles dans les cantons de Podoko-Nord à Oudjila, et le canton de Baldama dans la plaine à Gudjimdélé
- La célébration de la messe et des sacrements pour les chrétiens de Mora dans le local du Tribunal coutumier
- Avoir un lieu de culte convenable à Mora
- Une concession de terrain d’un hectare à la sortie de Mora sur la route d’Oudjila pour faciliter la pratique religieuse aux chrétiens de Kourgui, ceux engagés dans les services de douanes et de la CFDT (Compagnie Francise des Textiles)
- Installer un dispensaire dans la plaine de Baldama à Gudjimdélé
Pour le Père Suylvestre, ces projets sont la participation de l’Eglise Catholique au développement du Cameroun dans cette partie du Pays : formation spirituelle avec la crainte de Dieu et le sociale pour l’épanouissement de l’être humain.
La demande ne trouva pas une réponse favorable dans la lettre du ministre Lamine Mey le 7 avril 1967 dont voici l’extrait :
« Comme suite à notre entretien d’hier relatif (entretien avec Monseigneur Jean Zoa) à votre demande, d’acquisition d’un terrain à Mora dans le Département de Margui-Wandala, j’ai le regret de vous faire savoir que mes collègues élus de ce Département, et moi-même n’avons pas pu donner une suite favorable à votre requête ; votre demande a été examiné avec toute l’attention requise ».
Voici une difficulté réelle que la mission du Christ qui doit s’installer rencontre. Pourtant, elle est là pour la promotion de l’homme. Le missionnaire ne se découragea pas. Il s’est contenté du minimum pour vire et pour agir. C’est à partir de Kourgui que l’évangélisation va se développer de ce coté des massifs Podoko et Matal et les ouvriers de la SODECOTON constitué des populations originaires des de Kaélé et de Yagoua.
L’Abbé Georges Truchot à Kourgui
L’abbé Georges Truchot faisant partie de la communauté des Petits Frères de Charles de Foucauld à Mayo-Ouldémé bien avant son ordination en aout 1965 va demander son incardination dans le diocèse de Garoua en 1964. Il est nommé tout de suite pour accompagner le secteur missionnaire de Mora Oudjila et s’installera à Kourgui tout en restant à l’équipe missionnaire d’Oudjila. Il a dressé un rapport à avec carte géographique à l’appui montrant l’importance des populations dans les massifs proches de Mora : les Pdokwo, les Matal. Kourgui devient le centre missionnaire de Mora et ses environs pour accueillir et accompagner l’évolution sociologique des populations descendants des massifs et qui s’installent en plaine, les fonctionnaires venus pour le service de l’Etat. Les projets et les activités missionnaires étaient :
- La formation des noyaux et foyers chrétiens qui seront des exemples de vie de témoignage chrétien
- Soutien aux jeunes pour leur avenir, la prise de conscience de leurs responsabilités d’homme et de femmes chrétiens dans l’évolution de leur société
- Le rôle de la scolarisation avec l’organisation des cours du soir
- Des cours d’initiation agricole
- La préparation des catéchistes solides, exemplaires, capables d’encadrer les jeunes communautés chrétiennes
- La formation des jeunes filles qui doit aller de pair avec celle des garons
- Le besoin d’installation des religieuses missionnaires dans le secteur qui s’occuperaient des femmes, des jeunes filles et du dispensaire officielle en collaboration avec les autorités
Le Père Gaby Grunola à Gudjumdélé
La fondation de l’Eglise dans ce secteur de Mora sera difficile. Elle réussit grâce aux courages des premiers catéchumènes et de ceux qui souhaitent le développement des œuvres missionnaires. En 1969, arrive le père Gaby Grunola la même année que les Sœurs du Sacré-Cœur, Sr Gisèle et Sœur Catherine. L’équipe va s’organiser pour répartir les charges pastorales. C’est ainsi que le Père Gaby s’occupera de Gudjimdélé, le Père Georges avec les Sœurs passeront trois jours sur la montagne Pdokwo, plus tard, Sœur Gisèle Landry, infirmière rendra service à l’hôpital de Mora.
Perspective missionnaire après 50 ans
Après 50 ans que pouvons penser ? Des premiers missionnaires ont fait des efforts de sortir de chez eux comme les premiers disciples du Christ au bord du lac pour pécher des poissons ; le Christ leur a dit, je vous ferai des pécheurs d’homme pour l’Evangile, pour le royaume des cieux. Avec courage et sans compter, ils sont sortis, envoyés par l’esprit saint, ils ont affrontés les difficultés des premiers contacts, des refus, des incompréhensions, cours de chemin, comme le Christ disaient à ses Apôtres, ils ont rencontrés des serpents et scorpion mais aussi des colombes, des personnes qui les ont accueilli et comprises. Ils ont pu fonder près de cinq poste missionnaires : Mayo-Ouldémé avec les Petits Frères de l’Evangile, Tokombéré et Baba Simon et les Sœurs servantes de Marie de Douala camerounais Mora, Kourgui, Oudjila, Gudjimdélé, accompagné par des prêtres venus de France, Italie, les Sœurs du Sacré-Cœur. l Ils ce sont déployé à évangéliser, à construire et à ouvrir aux œuvres de liberté et d’émancipation de l’homme et de tout l’homme. Ils ont tracé les chemins d’accès à l’Eglise dans les plaines et dans les montagnes. C’est à partir de ces missions que vont naitre progressivement les paroisses de Mayo-plata, Mora, Makulahé, et Mémé, aussi plus tard les districts paroissiaux de Amtchidé, Aïssa-Hardé puis Kolofata. Les œuvres de développement, comme l’hôpital de Tokombéré, les centres de santés de Mayo-Ouldémé et de Gudjiumdélé, , la maison du paysan, les organisations de bases en coopérative pour l’amélioration de vie, le Collège Baba Simon, et nos écoles privées catholiques. De nos jours, nous nous greffons sur tout le travail des missionnaires, ce qu’ils ont fait grâce à l’Esprit saint. Pour la suite, l’opportunité est donnée à chaque paroisse d’écrire dans les détails avec des données précises sa propre histoire. C’est d’ailleurs une recommandation du diocèse pour trouver des repères et des fondements afin de découvrir en profondeur comment avancer au large sans risque.
Nous rendons grâce à Dieu pour les œuvres de l’Evangélisation !
Histoire de la paroisse saint Paul de Mora
Ce n’est qu’en 1977 que le secteur missionnaire de Mora-Kourgui, crée en 1965, a pu donner naissance à une paroisse saint Paul de Mora.
Les premiers à venir célébrer la messe à Mora ont été les Petits Frères de Jésus de Mayo –Ouldémé. A partir de 1959, Baba Simon, vient surtout aux grandes fêtes, pour rencontrer les chrétiens fonctionnaires du Sud qui travaillaient à Mora. A partir de 1962, le Père Gilbert Sylvestre OMI résidant à Lara, va une fois par mois à Oudjila et parfois célèbre aussi la messe à Mora. En 1965, c’est le Père Georges Truchot qui le remplace, venant de Kourgui.
L’autorisation d’ouvrir une mission catholique à Mora n’étant pas accordée (Cf. lettre du Père Sylvestre au ministre Lamine Mey le 23 juin 1962 et la réponse négative du ministre le 7 avril 1962), la mission s’installe à Kourgui. En 1972, c’est le Père Alain Playoust, OMI qui vient à Kourgui avec le Père Gaby Grugnola, OMI, mais pour s’occuper de Mora et, en particulier des élèves. En 1969 arrivent les sœurs du Sacré Cœur de Jésus ; elles seront présentes dans la zone de Mora pendant 34 ans.
En 1973, une chapelle est construite en dehors de la ville, entre l’actuelle Préfecture et le quartier Total. La messe y est célébrée tous les dimanches. Avec le CES de Mora, qui deviendra lycée en 1983, l’abbé Alain de Montjamont ouvre une petite bibliothèque (le bâtiment qui sert de cuisine, réfectoire, magasin et chambres actuelle) à Mora.
Depuis 1970, Sœur Gisèle Landry travaille comme infirmière à l’hôpital de Mora. En 1976, l’abbé Alain de Montjamont vient à Kourgui pour s’occuper de Mora et du Village Baba Simon. En 1979, il loue une petite maison en ville au quartier Mbarma plus facile d’accès pour les gens et commence à accueillir des élèves dans un saré. Les sœurs Gisèle Landry et Laurence Guillaume de Kourgui viennent habiter à Mora à l’entrée de ville vers Gidigong. La sœur Gisèle travaille à l’hôpital et le soir, Laurence travaille avec les femmes pour l’alphabétisation, la couture, la broderie et l’éducation à l’hygiène.
La chapelle du quartier Total est abandonnée et la messe est célébrée sous un hangar en paille à Mbarma. Le Père Alain vient tous les jours de Kourgui pour réunir les petits groupes Mada, Mafa, les jeunes scolaires, les gardiens de prison, et les fonctionnaires chrétiens.
En 1983 le 5 juillet le père Piermario remplace le Père Alain et commence à habiter sur place à Mora avec le Père Gilles Dieumegard pendant deux ans. Dès 1984, on envisage la construction des salles paroissiales, d’une Eglise et le presbytère. La construction de l’Eglise est interrompue avec le départ du constructeur, Yvon Trother, canadien. Elle sera terminée et consacrée par Monseigneur Jacques De Bernon le 25 janvier 1987.
Le secteur d’Aïssa-Hardé desservi avant par Mayo-Ouldémé est rattaché à Mora en septembre 1986. Le saré des jeunes se structure toujours et accueille plus des jeunes scolaires. A cette époque, un dimanche par mois la paroisse de Mora assure aussi la messe à Waza (Cf. lettre de Mgr Philippe Stevens Vicaire Général à Monseigneur Antoine Ntalou alors Evêque de Yagoua pour la concession de la communauté de Waza ville à la paroisse de Mora le 3 juin 1991) et c’est Ignace Mbouzao, diacre permanent de Kourgui qui préside la célébration à Mora.
En 1988, le 8 septembre le père Natalé Gottero vient remplacer les Pères Piermario et Gilles Dieumegard. Le séminariste Luca Margaria de Saluzzo arrive le 13 octobre 1988 reste pendant deux ans à Mora et il reviendra comme diacre en 1995-1996. Les sœurs Gisèle et Laurence quittent Mora en 1987 et sont remplacées par Sœurs Marguerite et Laurette, aidées par Véronique Baudet Françoise de 1989 à 1991. Aux Pères Natalé et Luca s’ajoute Benoit Menetcheo (rappelé au Père comme prêtre en 2010) alors séminariste du diocèse de Maroua-Mokolo en 1989 et 1990.
Le 15 décembre 1989 arrive le Père Andréa Borello et Sœur Eliane Riot ; Après eux Chiara Bernardi, laïque italienne de Saluzzo arrive et restera deux ans.
Du 25 février au 11 mars 1990, trois prêtres Oblats sillonnent la paroisse pour réveiller la foi et la communauté. Ils sensibilisent sur la nécessité de la catéchèse dans les groupes ethniques, la formation des catéchistes et l’unité de la communauté.
De janvier à juin 1991, c’est la construction de la nouvelle maison de Sœurs au quartier Mbarma. Du 19 novembre 1992 au 29 juin 1994 le séminariste Yvo Dovetto fait son stage à Mora. Le 1er septembre 1994 le séminariste Barthélémy Yaouda (actuellement Evêque du diocèse de Yagoua) fait son stage canonique.
Le 23 septembre 1994 Monseigneur Jacques de Bernon décède en France. Monseigneur Philippe est nommé Evêque le 25 novembre 1994 et sera ordonné le 15 janvier 1995. En saison des pluies en 1996, c’est la construction des bancs en ciment dans l’Eglise. Le 8 novembre 1997, Barthélémy Yaouda sera ordonné prêtre à Maroua et fera sa première messe le lendemain à Mora.
En mai 1998, lors de sa visite pastorale Monseigneur Philippe Stevens demande aux chrétiens de casser les communautés ethniques pour former les communautés de quartier (les CEV).
En décembre 1998, arrivent le Père Claudio Margaria et le séminariste Marco Gallo de Saluzzo. Les sœurs du Sacré-Cœur quittent Mora le 6 juin 1999 et seront remplacées par les sœurs de saint Joseph de Cunéo le 9 septembre 2000 sœurs Anna et Augustine et en 2002 Sœur Lucia Gallo.
Entre juillet et novembre 1999, c’est la construction du deuxième bâtiment du presbytère. En 2000, le séminariste Laurent Schirman fait son stage pour deux ans. De 2001 à 2002, la paroisse s’engage à créer les communautés de quartier. Le 5octobre 2002 Esther Nathoing fait ses vœux à Garoua chez les sœurs du Sacré-Cœur. En septembre 2003, retour à Mora de Sr Anna Rossi avec elle Sœur Marie Mabwetschi. Le séminariste Justin Gaïssebara fait son stage en septembre 2003 après la propédeutique de Ngaoundéré.
De 2003 à 2004, les CEV s’organisent, achètent un terrain et commencent les travaux des différentes chapelles dans les quartiers. En juillet 2004, les pères italiens Andréa Borello et Claudio Margaria quittent Mora et seront remplacé par les prêtres diocésains de Maroua-Mokolo, les Abbés Théophile Amadou curé et Paul Matakon vicaire. Les deux prêtres s’occuperont des paroisses de Mora avec le secteur autonome d’Aïssa-Hardé, Kourgui avec les secteurs d’Amtchidé et Kolofata, et le village Baba Simon. Ils œuvrent dans l’accompagnement et le développement des districts paroissiaux. Entre temps Monsieur André Sevda est nommé administrateur de Kourgui.
En aout 2007 l’abbé Théophile quitte la paroisse de Mora pour Mémé. Le diacre Pascal Djibri est affecté à Mora il sera ordonné puis sera curé de Kourgui en 2008. Amtchidé devient district paroissial bienheureux Michae Tansi en janvier 2008 ayant pour administrateur Luc Berke (alors administrateur du district paroissial de ldoubam-Tourou assassiné sur la route de Tourou le 21 septembre 2014 par les membres des Boko haram) et Paul Matakon le prêtre modérateur.
En 2009, le secteur autonome de Kolofata est rattaché à la paroisse de Nguetchewé.
A Mora en 2008-2009 l’équipe de prêtre est composé de Paul Matakon curé de Mora et de Kourgui, Pascal Djibri, précédemment curé de Kourgui devient curé de Makoulahé, Gilbert Pali s’occupant de Makoulahé et le séminariste Rigober Guenel.
Notons entre autres que la réflexion sur l’agrandissement de l’Eglise a commencé en 2008.
En juin 2009, l’abbé James Tsuda précédemment séminariste stagiaire à Mora revient dans cette paroisse comme aumônier des jeunes de Kourgui et de Mora puis modérateur du district paroissial d’Aïssa-Hardé à partir d’avril 2010 avec Jacob Maïssafi comme administrateur. En septembre 2010, l’abbé Paul Matakon quitte Mora et l’abbé Djibi Gabriel est nommé curé de Mora et de Kourgui jusqu’en juin 2011. Entre temps, le 24 mai 2011 le district paroissial saint Jean Paul II de Kolofata est créé. En aout 2011, l’abbé Daniel Denguez, curé et Denis Djamba résident arrivent.
James quitte le 14 aout 2012 et sera remplacer par l’Abbé Edouard Gon’né qui arrive le 15 juin puis ordonné en novembre 2012 avec l’abbé Julien Mbada ici même à Mora. Edouard quitte lui aussi le 15 aout 2013 puis l’abbé Bernard Zra arrive le 6 septembre 2013. Depuis 2014, s’est déclenché le terrorisme et s’organise alors la lutte contre les exactions de la secte islamiste Boko Haram avec la création et l’installation de la Force multinationale mixte, le secteur numéro un à Mora en septembre 2015. C’est à ce moment que sont nommé à la paroisse les Abbés Mathias Nigeria Mazvaya, et Alphonse, Nakima, et un an plus tard, Henri Megueze puis après deux ans, Gilbert Michéré Idrissa, et Pascal Djemegued.
Les pères Bernard ZRA Déli et Fabrice Afna sont envoyés à Mora le 1er juillet 2022 respectivement comme curé et vicaire à la paroisse Saint Paul de Mora. Tout en étant vicaire à Mora, l’abbé fabrice Afna a été nommé curé de la paroisse Saint Charles Lwanga de Kourgui.
[i] Atlas de la province de l(Extreme-Nord, P49
[ii] Propos de Baba Simon cités par Gregoire Cador, O l’appelait aba Simon p.167
[iii] Christian Seignobos et Olivier Iyebi, Atlas de la province de l’Extreme-Nord du cameroun. P. 5
[iv] Lettre de Sœur Jacqueline Wegscheider à Xavier, Montbazin, le 15 novembre 2006
[v] Grégoire Cador, on l’appelait Baba Simon, Presse de l’UCAC, Terres Africaines, Maroua, 2002, p.114
[vi] Lettre, idem
[vii] Georges Truchot, dans le diaire des Petits Frères de Mayo-Ouldémé
[viii] Témoignage de Jacques le Grand